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Damaged
Posted by Nolwenn“J’ai reçu la vie comme une blessure et j’ai défendu au suicide de guérir lacicatrice” Lautréamont
Etait-ce alors un appel au secours ? Une détresse
que rien ne pouvait éloigner ? Peut-être étais-je simplement plus faible
que je ne voulais le laisser paraître. Moi, forte et intelligente ; moi,
qui assume la solitude, qui assume les manques divers qui emplissent mon
quotidien ; moi qui souris tous les jours et garde la tête haute…
Personne n’a rien vu, personne n’a rien su.
Aujourd’hui encore.
Je n’avais alors que douze ans, âge de l’insouciance,
pas encore l’adolescence. Pourquoi me sentais-je si différente des autres,
leurs préoccupations me semblaient futiles et n’étaient nullement les miennes…
Pas que j’étais supérieure à eux, mais c’est comme si j’avais déjà vécu tout ça
depuis longtemps et donc que ma vie, mes pensées, mes douleurs ne pouvaient être
comprises ni même appréhendées par ces personnes.
Je suis seule, j’éloigne tous ceux qui voudraient, pourraient, m’aider. Je m’enfonce dans ce côté solitaire. Je ne le désire pourtant pas, mais c’est plus fort que moi.
Le silence, le noir, l’acidité de mes pleurs, l’amertume de mon cœur. L’obligation de vivre avec les autres, de devoir faire face à leurs regards, parfois à leurs questions. Les larmes dans la nuit, ma peau mouillée, mon cœur serré. Lutter sans cesse contre mes idées que je sais ne pas être positives ni constructives mais qui m’envahissent et s’emparent de
tout mon être comme une liane qui part de mon pied pour enfin me recouvrir intégralement et m’étouffer.
J’étais pourtant entourée et lovée dans l’amour de ma mère, qui malgré ses difficultés elle a toujours su rester droite et fière.
Parfois, ça a dû bon l’orgueil. Ne pas laisser paraître aux autres la misère matérielle. Culpabilité d’exister, d’être là. Ne pas lui montrer que je vais mal, que je suis enlisée dans un marasme de pensées… suicidaires. Voilà, le mot est lâché : J’ai douze ans et je suis suicidaire.
Pourquoi ce soir là, ai-je fait couler un bain brûlant, éteint la lumière, allumé une bougie face à moi dans l’eau. J’ai
regardé mes bras, mes poignets… et j’ai pris la lame de rasoir. Je l’ai approchée, elle a effleurée ma peau, douce, dure, froide, rassurante ; libère-moi. Mon corps n’a jamais été meurtri. Comment faire sortir cela de mon corps pour toujours ? Au lieu de partir pour ne plus revenir, au lieu de meurtrir mon enveloppe charnelle à la vue de tous, j’ai tailladé mon âme,
jour après jour je l’ai déchiquetée un peu plus, traces invisibles mais présentes de mon malaise.
Cela coule dans mes vaines, c’est en moi maintenant à tout jamais. Je ne cherche plus à l’en chasser, je vis simplement
avec. C’est du passé. Mais parfois, comme aujourd’hui, les pensées reviennent, les souvenirs et les images également… la douleur resurgit de sa cachette.
Illustration: The Scream, par Wolfmorphine



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